Jean-François Bonastre, spécialiste de l’authentification vocale au Laboratoire d’informatique d’Avignon, s’est entretenu avec la CNIL au sujet de la biométrie vocale. Selon lui, « la voix n’est pas une biométrie classique ». Pourquoi?

La voix n’est pas une biométrie physique mais comportementale

Pour rappel, la biométrie est une système permettant « l’identification des personnes en fonction de caractéristiques biologiques« . Sa forme la plus utilisée est celle de l’authentification par emprunte digitale que l’on retrouve au quotidien, notamment avec les smartphones. Il s’agit de biométrie physique qui a un caractère permanent.

Or, selon Jean François Bonastre, il n’est pas possible d’avoir deux prélèvements de voix identiques « même si un seul et même mot a été prononcé les deux fois et cela par la même personne« . Dès lors, « nous ne mesurons pas une caractéristique biologique mais seulement la trace laissée par des mouvements d’airs causés par un phénomène de production vocale« .

En fait, il s’agit de biométrie comportementale, laquelle permet de « mesurer des paramètres du comportement humain, comme la marche, la frappe du clavier […]. Nous sommes ici dans l’espace des habitudes acquises, des façons de faire, le domaine de la signature comportementale et non de l’empreinte. » Ce sont des biométries que l’on peut « fausser » facilement et qui sont sujettes à évolution dans le temps.

Une authentification facilitée par l’introduction de facteurs de variabilité

Toujours selon Jean François Bonastre, « sélectionner les informations qui aident à la reconnaissance des personnes est un des points clés du succès d’un système mais celui-ci ne vérifie pas la nature de l’information employée« . Il s’agit de s’appuyer non seulement sur la voix en tant que son, mais également sur « la langue parlée ou le type, la marque, le modèle du téléphone cellulaire utilisé« .

Il compare cela à la reconnaissance des personnes par leur écriture manuscrite. « Le contexte d’écriture, la couleur de l’encre ou la couleur du papier sont les facteurs, à rapprocher de la langue et du combiné téléphonique, intégrés intrinsèquement au système. Par analogie, les progrès de la reconnaissance du locuteur présentés précédemment correspondraient à une évolution de solutions utilisant un texte contraint écrit avec un stylo donné sur un papier donné à des solutions fonctionnant avec des extraits d’écritures variés, pris dans le monde réel, avec peu de contraintes, pour des performances comparables ou supérieures. »

Toutefois, « les informations utilisées ne sont pas toujours liées à la personne elle-même« . En conclusion, qu’il s’agisse de l’authentification par la signature manuscrite ou de l’authentification vocale, il est très souvent nécessaire qu’il y ait une « volonté des personnes à être reconnues« .

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